

Certaines branches des sciences dures ont ouvert des brèches que nous ne pouvons plus ignorer. En 1925, le physicien Werner Heisenberg a présenté la notion fondamentale de principe dincertitude : sous forme mathématique, on peut dire que le produit des incertitudes sur une mesure est toujours une constante, ce qui en termes logiques signifie que plus on réunit dinformations sur une variable régissant un phénomène, moins on en possède sur les autres. Autrement dit encore, on ne peut tout connaître simultanément puisque la mesure du phénomène modifie le phénomène. Et cette incertitude fondamentale doit nous permettre de mieux analyser les problèmes des sciences douces : ne sont-ils pas eux aussi, et à une échelle plus proche de nous que celle dont traitait Heisenberg, influencés par toute tentative de mesure ? Ou en dautres termes, lapproche positiviste et déterministe ne connaît-elle pas une limite absolue et intangible encore plus vite atteinte dans les SHS, ce qui replacerait celles ci dans la complexité, au sens dEdgar Morin.
Et ce nest pas tout, car à ce principe de Heisenberg, il faudrait ajouter celui de Gödel pour lincomplétude (en 1931) et celui de Church pour lindécidabilité (en 1936). En 1985, dans un ouvrage fondamental, le chercheur en intelligence artificielle Douglas Hofstadter donne une illustration du théorème dincomplétude de Kurt Gödel dans un dialogue entre " Achille et la tortue " (personnages empruntés à Lewis Carroll) . Toute la saynète est basée sur un phonographe qui ne peut jamais être vraiment parfait car pour être " parfait ", il doit savoir reproduire toutes les fréquences dun disque, y compris celles qui sont capables de le détruire, ce qui signifie que plus il est " parfait " dans la restitution, plus il est " imparfait " puisquil sautodétruit.
Enfin, la théorie générale des systèmes, fondée par Ludwig von Bertalanffy entre 1932 et 1968 a modifié radicalement la théorie de la connaissance en montrant que dans un système, la causalité linéaire connue depuis lAntiquité nétait quun cas particulier dune causalité plus complexe appelée causalité circulaire dans laquelle toute conséquence pouvait devenir cause. La systémique établit de nombreuses autres règles susceptibles dintéresser le chercheur en SHS : intercausalité, notion démergence, homéostasie, rétroaction (ou " feed back "), etc.
Ainsi, on ne peut plus être sûr aujourdhui que les méthodes traditionnelles sont toujours les plus appropriées pour rendre compte des phénomènes complexes abordés par les SHS, doù notre ouverture vers ces nouvelles approches, sans pour autant rejeter ce qui a fonctionné et peut, dans les cas où la mesure est possible, fournir encore des résultats valides. Mais le débat épistémologique ne sarrête pas à ce point car il existe de nombreuses autres méthodes, fort anciennes elles, qui ne demandent quà reprendre du service sitôt que lon sattaque à des sujet ambigus ou imprécis (au sens dAbraham Moles).
Voici mon avant dernier ouvrage, fruit d'une bonne dizaine d'années de direction de mémoires et de présidence de divers jurys (essentiellement en maîtrise ou en DESS ainsi qu'en thèse). En tout, près de 400 soutenances et 250 directions, accompagnement ou coaching d'étudiants ou de chercheurs.
J'ai découvert grâce à Vincent Lenhardt (Institut Transformance) que je pratiquais le coaching depuis longtemps.
En effet, "accompagner" un chercheur, ce n'est pas lui imposer SA méthode ou SES idées, mais l'aider à trouver ce qui le fera avancer, dans le strict respect de ce qu'il est. On ne modèle rien, on révèle un peu. Coacher la recherche développe le respect et l'humilité, mais en contrepartie, quel plaisir de participer à l'éclosion de l'intelligence et de la créativité.
La question de la problématique est si centrale, si importante pour les étudiants et il y a si peu de "méthodes" que j'ai tenté d'en proposer une, originale et pratique qui les rendent autonomes, d'où la concision de ce livre (93 pages).
Cet ouvrage semble avoir reçu un très bon accueil de quelques collègues et de nombreux étudiants. Il traite aussi de questions épistémologiques que les sciences humaines et sociales feraient bien de se poser.
Une "suite" est prévue pour 2002 avec la sortie d'un ouvrage sur le même thème consacré aux étudiant des grandes écoles de commerce.
Ce texte est issu de l'ouvrage "Le mémoire de recherche en information /communication", paru aux Editions Ellipses en 1999.
Il présente brièvement les principaux apports épistémologiques que les chercheurs en sciences humaines et sociales ne devraient plus ignorer !
Ces concepts, au coeur des activités de Communiquance, permettent de traiter de la complexité.
il rend également hommage à Abraham Moles et à son dernier ouvarge "Les sciences de l'imprécis", Seuil, 1990.