

Au marché de renouvellement des cadres de la communication, on pourrait ajouter lexistence dun assez vaste secteur de marché de conquête ou de premier équipement pour continuer demployer le jargon du marketing. En effet, en plus des entreprises ou organisations qui ont créé depuis longtemps des services de communication sajoutent les PME, PMI, filiales, services et autres structures qui recrutent des communicants sur des profils qui seront détaillés par la suite. Et là encore, les (jeunes) diplômés se taillent la part du lion, non seulement en raison du contexte économique général, mais aussi dautres considérations plus spécifiques : salaires modestes, grande implication passant par la flexibilité, la mobilité, la disponibilité et autres manifestations dattachement aux compagnies sans oublier lenthousiasme, la créativité, la compétence ou le talent. Dans ce contexte, le début de XXI e siècle sannonce sous dheureux auspices pour la communication.
On pourrait en effet se demander si cet engouement ne sera pas un feu de paille comme on en a connu dans dautres secteurs. De ce point de vue, les mutations économiques de ces dernières années ont constitué un bon banc dessai de la pérennité de la communication d'entreprise. Ainsi, en 1993/1994 en pleine crise générale des cadres renforcée par les difficultés sectorielles de la publicité, il ny a pratiquement pas eu de licenciements de communicants. Certaines entreprises, engagées dans des plans de "dégraissages" massifs ont même étoffé leur service de communication interne (peut-être pour panser les plaies ?) ; les budgets publicitaires ont été resserrés sans trop de réduction deffectifs et les services de communication ont vu leurs activités se réorienter vers dautres activités que la publicité traditionnelle. Dans la communication politique ou publique, les nombreuses alternances consécutives à la décentralisation ont montré que passée une première période deuphorie et de marketing tous azimuts, les fonctions de communication étaient devenues permanentes sans quun système de "dépouilles" ne sinstaure. Lexpérience a montré quhormis quelques cas extrêmes, les membres des services nont que rarement été remerciés, à lexception du directeur qui demeure en principe lié à lélu. On peut même constater quun autre des effets positifs paradoxaux des crises a été une prise de conscience de limportance de la revendication dun statut dans la fonction publique territoriale.
Pour terminer ce premier tour dhorizon, il faut ajouter que les formations à la communication d'entreprise ont été extraordinairement raisonnables et sensées. Plutôt que de céder aux modes successives des années quatre-vingts puis quatre-vingt-dix et ouvrir leurs filières aux nombreux volontaires qui se pressaient à leurs portes, elles ont pratiqué un suivi prudent de la réalité de lemploi et sont restées en adéquation avec lui, à la fois au plan quantitatif en demeurant sélectives et qualitatif en sadaptant sans cesse aux nouveaux besoins pourtant difficiles à cerner. Les classes de BTS, les IUT, les seconds et troisièmes cycles des universités ont su offrir des formations de qualité correspondant aux demandes ou aux besoins.
Létiage actuel de loffre de diplômés des formations publiques auxquelles il faut ajouter loffre des établissements privées parmi lesquels on trouve de tout est assez ajusté aux débouchés . Il est clair que le plus grand danger viendrait dune augmentation irréfléchie du nombre de diplômés due à des considérations démagogiques, carriéristes ou commerciales. Espérons que personne ne tuera la poule aux ufs dor et que la situation actuelle où environ 75 à 95% des diplômés des second et troisième cycles professionnalisants trouvent un travail correspondant à leurs attentes perdurera de longues années.
On peut conclure de ce qui précède que la décennie quatre-vingt-dix a été celle de laccession de la communication à un statut de professionnalisme que nul ne songe à remettre en cause : la pérennité est donc assurée en ce début de XXI e siècle et comme cet ouvrage va le montrer, elle a des chances de lêtre pour longtemps tant la diversité des tâches à remplir est grande et les besoins sans fin.
Ce texte est extrait de l'ouvrage Les professions de la communication, écrit par Jean-Luc Michel et paru aux éditions Ellipses en 1999.
Pour la bonne compréhension du lecteur, quelques légères transformations ont été réalisées.