Les trois niveaux de compétences et de responsabilité

 

Les notions de compétences et d’aptitudes ayant été précisées dans Les professions de la communication, il reste à examiner la hiérarchie des tâches et des responsabilités.

Dans les disciplines anciennes cette notion est maîtrisée depuis longtemps, personne ne confondrait les travaux d’un technicien et d’un ingénieur, les offres d’emploi et les missions ne présentent pas d’ambiguïté : on sait sans hésiter à quel type de formation va correspondre telle tâche, les zones de recouvrement sont quasiment inexistantes : un technicien supérieur se situe et situe son travail par rapport à l’ingénieur maison qui lui même sait se repérer par rapport à l’ingénieur de recherche.

En communication, comme dans une bonne partie du secteur tertiaire on est encore loin de ce degré de structuration. De nombreuses offres de stage ou d’emploi confondent allègrement les niveaux et telle mission qui pourrait convenir à un titulaire de DUT ou de BTS est proposée à un bac+4 ou un bac+5, lequel, sans trop savoir comment se situer, va l’accepter en regrettant ensuite de perdre son temps et de gaspiller ses compétences (sauf s’il en profite pour glisser l’idée de réaliser un audit en supplément de la mission !).

Les tâches dites d’exécution ne seront pas prises en compte parce que ne correspondant pas au degré où peut s’exercer valablement une fonction de communication. Si une personne "fait de la communication" (entendue comme une pratique des relations humaines associée à l’usage de certaines techniques), ce n’est pas pour autant une professionnelle. Elle utilise des méthodes rationalisées ou intuitives, mais n’en crée pas et ne les place pas au cœur de son activité au contraire du communicant qui est payé pour.

Dans l’exemple des sciences de l’ingénieur déjà cité, nous avions trois niveaux ; dans la finance aussi (agent de comptabilité, comptable, expert comptable), dans la gestion également (attaché de ressources humaines, directeur adjoint, directeur), etc., c’est pourquoi il nous a semblé opportun d’en retenir trois en communication d'entreprise.

Leur intitulé va reprendre des appellations assez classiques qui vont être rappelées et précisées pour la circonstance :

 

Le niveau "opérationnel"

L’opérationnel est celui qui réalise les missions, les travaux, il connaît les techniques et leur évolution, il dispose d’un savoir faire professionnel reconnu éventuellement attesté par un diplôme ou un niveau de référence clairement identifiable, c’est pourquoi cette appellation a été préférée à celle d’"exécutant" qui dans l’état actuel des hiérarchies ne laisse pas l’autonomie indispensable aux métiers de la communication. Beaucoup d’emplois de communication sont opérationnels, on peut citer en vrac : technicien en PAO (publication assistée par ordinateur), infographiste, créateur de pages Web, journaliste d’entreprise, attaché de relations publiques, etc.

en principe une formation de type bac+2 devrait être suffisante même si une formation complémentaire à bac+3 devient quasiment indispensable pour la suite de la carrière. Naturellement, ces emplois peuvent être occupés par des diplômés de niveau supérieur (essentiellement des bac+4), en particulier s’il existe des opportunités d’évolution du poste vers le haut de telle sorte que l’intéressé puisse continuer de l’occuper à un niveau de responsabilité plus élevé. Beaucoup de structures qui débutent dans la communication créent des emplois de ce niveau "pour voir venir" et si l’intérêt est démontré les font évoluer ensuite. Il est exceptionnel que les postes opérationnels bénéficient du statut de cadre, même si la situation est très contrastée en fonction des branches professionnelles et que des exceptions fassent le bonheur de quelques privilégiés.

Une "difficulté" supplémentaire (mais au fond en est-ce une ?) tient au fait qu’une partie seulement des métiers de la communication relèvent directement du niveau exclusivement opérationnel. Au contraire du secteur secondaire traditionnel où beaucoup de tâches se segmentent facilement en trois niveaux, il n’en est pas ainsi en communication en raison d’effets systémiques liés aux interactions entre fonctions et niveaux de responsabilité.

 

Le niveau "fonctionnel"

Il procède de l’opérationnel mais ajoute tout un environnement intellectuel aux actions. En d’autres termes, le "fonctionnel" en communication est celui qui non seulement sait exécuter intégralement une tâche pratique mais en connaît également l’ensemble des conditions de production tant techniques que théoriques en la situant dans un environnement conceptuel plus large (à l’image de ce que les ingénieurs appellent le "process", c'est-à-dire l’accompagnement de la tâche). Dans le domaine de l’édition électronique, le fonctionnel connaît non pas un mais la plupart des logiciels du marché, il est capable de les mettre en relation les uns avec les autres et de prévoir leurs évolutions donc de faire des recommandations en matière d’équipements. Il sait aussi poser et résoudre des questions directement communicationnelles sur ce qu’il fait (du genre quel public ?, quels objectifs, quels contenus ?) et de les traduire en forme de choix de mise en page par rapport à la cible ou d’adéquation du style aux objectifs sans mésestimer les principales interactions systémiques entre ces éléments. S’il est bien formé et compétent, il a une conscience "radiale" de la tâche à accomplir, c'est-à-dire qu’à partir d’un objectif à atteindre il possède les compétences concentriques lui permettant de l’atteindre de manière économique et efficace.

Grosso modo, c’est pour ce type de fonctions que sont recrutés tous les jeunes communicants des petits services cités au chapitre précédent. Le problème est que leurs employeurs n’en ont pas une claire idée, ce qui ne facilite ni le recrutement ni la gestion des carrières ni l’efficacité. En termes de diplômes, les fonctionnels se trouvent essentiellement parmi les bac+3/bac+4. Le statut de cadre est fréquent mais pas systématique surtout en début de carrière. On peut encore caractériser la différence avec les opérationnels au sens où les fonctionnels ont une culture et une appétence plus grande pour la théorisation, la formalisation et plus généralement l’effort intellectuel fut-il gratuit.

 

Le niveau "stratégique"

On aura déjà deviné que c’est celui qui correspond au directeur de la communication (considéré comme référence de la profession). Le dircom, à notre sens (mais on peut penser différemment) devrait posséder les compétences des niveaux inférieurs avec en plus la capacité de dégager des finalités et des stratégies de communication intégrant l’ensemble des outils connus ou à développer dans une vision globale articulant le court et le moyen terme voire le long terme lorsque c’est possible. Il est vrai que certains stratèges se vantent de ne rien connaître des techniques de communication ni même de leurs conditions de production : nous ne partageons pas cette attitude car elle est une forme de négation de la perspective systémique si souvent appelée en référence comme base à toute action efficace de communication. Toutes proportions gardées et toutes choses différentes par ailleurs, ce débat rappelle celui qui concerne la formation des dirigeants entre l’Allemagne et la France. En Allemagne un dirigeant doit passer par beaucoup de postes techniques (c'est-à-dire opérationnels et fonctionnels avant de gravir les plus hauts échelons) ; en France, les grandes écoles l’en dispensent. Nous aurions tendance à penser que la communication d'entreprise devrait s’inspirer du modèle allemand, prudent et "besogneux" plutôt que du modèle français.

Ceci dit, le débat reste ouvert et si des diplômés des grandes écoles veulent tenter leur chance il n’en tient qu’à eux et à leur désir de servir la communication. Ce niveau stratégique s’accorde assez bien avec des diplômes de niveau bac+5 assortis d’une expérience professionnelle suffisante (même si des bac+4 peuvent également l’atteindre). Le statut de cadre est automatique.

 

Exemple de structuration

Il est à présent possible d'expliciter une structure type de service de communication : à sa tête on trouve un stratège (dircom) assisté de plusieurs fonctionnels (chargés de com) auxquels sont rattachés des opérationnels (graphistes, infographistes, rédacteurs) et naturellement un secrétariat. S’agissant d’emplois du tertiaire supérieur on a donc une pyramide très aplatie avec beaucoup de cadres (ou faisant fonction de cadres).

Dans la grosse structure, les tâches sont assez nettement séparées même si des zones de recouvrement sont souhaitables (pour des raisons systémiques). Dans la structure moyenne, cohabitent sur cet exemple deux "chargés de com" aux profils différents : un généraliste fonctionnel et opérationnel (sûrement un créatif, du genre "concepteur et éditeur de services internet") et un fonctionnel supervisant deux opérationnels. La petite structure montre le communicant à tout faire qui prend en charge les trois niveaux en attendant (impatiemment !) de recruter un collaborateur.

Les schémas suivants présentent cette évolution (ils sont présentés lors de nos exposés avec des commentaires détaillés) :

Phase 1 : Les trois niveaux se structurent autour de métiers-types.

Copyright : Jean-Luc Michel

 

Phase 2 : Les métiers se diversifient, le côté "généraliste" du chargé de com des petites structures apparaît clairement.

Copyright : Jean-Luc Michel

 

 

Phase 3 : La structure moyenne emprunte aux deux autres. C'est la représentation type de la plupart de situations actuelles.

Copyright : Jean-Luc Michel

 

 

 

Phase 4 : Les flèches indiquent des parcours professionnels possibles. La mobilité est de règle.

Copyright : Jean-Luc Michel

 

 

 

 

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Stratégie de communication

Commentaire

Ce texte est extrait de l'ouvrage Les professions de la communication, écrit par Jean-Luc Michel et paru aux éditions Ellipses en 1999.

Il cherche à clarifier les niveaux de compétence, encore trop souvent mélangés. Pour y parvenir, trois degrés sont proposés à partir desquels il est possible de définir les profils de postes, de compétences et de qualifications ainsi que leurs évolutions.

Chapitre "Stratégie"